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Les deux problématiques majeures qui se dégagent du thème de ce séminaire, à savoir « le nouchi comme manifestation du mal de vivre de la jeunesse ivoirienne » et « le nouchi, l’identité ivoirienne en construction » appellent quelques réflexions.

A l’intérieur de toute société, il existe des sous-cultures dont les formes d’expression peuvent être plus ou moins éloignées de la culture globale. La langue est l’une des manifestations spécifiques à une sous-culture. Même en restant dans le cadre de l’orthodoxie de la langue, les formes expressives à travers le choix des mots et les styles grammaticaux permettent de situer l’individu dans sa société. Depuis que la Côte d’Ivoire existe, il y a toujours eu, dans l’usage du français, des écarts plus ou moins importants avec les normes académiques : mots mal prononcés par les catégories analphabètes ou semi analphabètes, traductions littérales d’expressions émanant des langues nationales avec les formes grammaticales qui leur sont associées, néologismes pour traduire des situations particulières, langages d’initiés dans certains milieux spécifiques comme ceux des jeunes ou des transporteurs.

Les jeunes ont toujours eu un langage à eux qui les met à l’abri des parents et des éducateurs. Ils préservent leur intimité par rapport aux oreilles indiscrètes des parents ou des aînés. Même quand ils les surprennent dans leur conversation, ces derniers ne sont pas toujours capables de décoder la partie du discours qu’ils ont entendue. C’est un effet de mode auquel n’échappent aucun jeune et aucune génération de jeunes. Il ne traduit pas un mal-être ou un mal de vivre mais un état dans l’évolution de l’individu dans la société.

Le nouchi, comme moyen d’expression des jeunes, épouse les mêmes parcours que tous les langages spécifiques à cette catégorie sociale. toutefois, ici, il ne s’agit pas uniquement de se protéger des oreilles indiscrètes des parents ou aînés, mais aussi, et surtout, de la société entière dans laquelle les jeunes ont des difficultés à se trouver une place et des repères pour construire leur avenir. Le contenu de ce langage ne traduit pas seulement le mal-être ou le mal de vivre des jeunes, mais également celui de toute la société. Tous ceux qui utilisent le nouchi n’ont cependant pas des problèmes avec la société où s’ils en ont, il ne s’agit pas de problèmes existentiels dont la solution se trouve dans la délinquance. Cette langue, ou plus précisément ce langage, retrouve chez ces derniers le caractère éphémère d’effet de mode.

A partir de ce qui vient d’être dit, il apparaît de manière évidente que le nouchi ne peut être la marque d’une identité ivoirienne en construction puisque qu’il met en marge une partie importante de tous ceux qui vivent en Côte d’Ivoire. Il n’est ni un ciment linguistique ni un ciment culturel. Il n’est même pas accessible à tous les jeunes. Il est totalement hermétique aux générations les plus âgées. Il n’est pas à confondre avec le français populaire ivoirien, accessible à l’ensemble de la population, jeunes ou vieux, analphabètes ou intellectuels.

En faisant ce séminaire sur le nouchi, les autorités viennent de poser, de manière indirecte, le problème de la langue comme moyen de construction de l’identité nationale. Il est possible de construire la conscience et l’identité nationales à travers un pluralisme linguistique auquel peuvent s’abreuver tous les Ivoiriens. Beaucoup d’Ivoiriens sont déjà polyglottes. Il appartient à l’Etat d’accompagner et d’amplifier ce mouvement. S’il est important d’étudier scientifiquement le nouchi qui est le reflet de la société ivoirienne, il est également important de noter qu’aucune nation ne peut cependant s’identifier, culturellement, à une langue de circonstance. Les linguistes ivoiriens ont déjà fait le travail pour l’introduction des langues nationales à l’école. Ils n’attendent qu’un véritable signal de l’Etat pour se mettre à l’œuvre.

Kouamé N’Guessan Enseignant-chercheur Institut d’Ethnosociologie Université de Cocody Directeur du CRAC INSAAC

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